RACISME


RACISME
RACISME

Il n’est pas aisé de donner du racisme une définition qui fasse l’unanimité. C’est pour le moins étonnant à propos d’un sujet abordé tant de fois et de tant de manières. On comprend les raisons de cette difficulté lorsqu’on s’avise que la base du racisme, c’est-à-dire le concept de race pure appliqué aux hommes, est mal définie et qu’il est pratiquement impossible de lui découvrir un objet bien délimité. D’autre part, le racisme n’est pas une théorie scientifique, mais un ensemble d’opinions, peu cohérentes par surcroît. De plus, ces opinions, loin de découler de constats objectifs, extérieurs à celui qui les exprime, sont la justification d’attitudes et d’actes, eux-mêmes motivés par la peur d’autrui et le désir de l’agresser, afin de se rassurer et de s’affirmer à son détriment. Enfin, le racisme apparaît comme le cas particulier d’une conduite plus générale: l’utilisation de différences biologiques, mais qui pourraient être psychologiques ou culturelles, réelles ou imaginaires. Il y a donc une fonction du racisme. Il résulte de tout cela que le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences biologiques, réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier une agression. Le texte suivant commente et justifie cette définition.

Repères historiques

Le mot «race» est d’emploi relativement récent dans la langue française. Il date du XVe siècle et vient du latin ratio , qui signifie, entre autres, «ordre chronologique»; ce sens logique persiste dans l’acception biologique qui s’impose par la suite: la race est alors comprise comme un ensemble de traits biologiques et psychologiques qui relient ascendants et descendants dans une même lignée. Terme d’élevage, il est d’ailleurs appliqué à l’homme seulement à partir du XVIIe siècle.

Le racisme comme doctrine est plus récent encore. Au XVIe siècle, les Espagnols opposent la «mission civilisatrice» de l’Espagne en Amérique à l’«infériorité naturelle» et même à la «perversité» des Indiens. Ils se croient autorisés à en déduire la légitimité de la conquête et de l’établissement européens. Ainsi, l’effort systématique pour justifier l’agression et la domination sur un groupe présenté comme biologiquement inférieur, par un autre groupe, jugé supérieur, date des débuts de la colonisation. On notera aussi que l’indigène n’est pas seulement tenu pour inférieur, ce qui ne serait pas de sa faute, mais qu’il est «pervers», donc moralement blâmable, méritant sanction ou, au moins, correction; c’est ce qui légitime la «mission» du Blanc.

La traite des Noirs, dont l’acmé se situe au XVIIe siècle, est en évidente corrélation avec les premières argumentations du racisme biologique, dont se moque spirituellement Montesquieu. Certes, on trouve chez tel ou tel auteur ancien des affirmations racistes et même les premiers éléments d’une argumentation. Aristote, qui fut partisan d’un ordre social basé sur l’esclavage, a tenté de le légitimer par l’infériorité naturelle des Barbares, ce qui les destinait à servir d’esclaves aux Grecs. Mais il s’agit là de remarques isolées et souvent démenties par la pratique. La stigmatisation biologique, lorsqu’elle n’était pas absente, n’avait qu’un rôle très secondaire.

L’antisémitisme est certes ancien, mais là encore il s’agit essentiellement d’une affaire religieuse ou nationale. L’antisémitisme, comme doctrine raciale, naît bien plus tard, avec la libération sociale relative des Juifs, donc avec la concurrence économique.

Il faut attendre les temps modernes pour qu’apparaisse l’explication quasi systématique et scientifique des racistes contemporains. C’est probablement que la science paraît seule digne de fournir une garantie indiscutable au sérieux d’une thèse. L’un des initiateurs du racisme, Gobineau (1816-1882), se fonde sur l’anatomie comparée du cerveau pour affirmer que celui du Huron ne saurait contenir, même en germe, un esprit semblable à celui de l’Européen. Il n’est pas le seul à penser ainsi; d’excellents esprits ne sont pas loin de partager de telles opinions à la même époque, ou quelque temps avant: ainsi, paradoxalement, ce sont les travaux de Linné (1707-1778) et de Buffon (1707-1788), lesquels ne sont d’ailleurs pas exempts de préjugés, qui préparent la voie au racisme prétendument scientifique; on s’appuie aussi sur l’autorité de Darwin. Et, à la fin du XIXe siècle, l’Europe cultivée est convaincue que le genre humain se partage en races supérieures et en races inférieures (voir, par exemple, Renan et l’anthropologue Broca).

Cet ensemble de notions, plus ou moins clairement affirmées, connut en tout cas une extraordinaire postérité. En France, Gobineau, qui n’était pas exactement antisémite, eut une descendance violemment antijuive. C’est surtout en Allemagne que ses idées, conjuguées avec une tradition antisémite (ainsi H. S. Chamberlain, 1855-1927), eurent le plus d’influence; elles conduisirent aux génocides, camps de concentration et déportations de populations entières. En Italie, le fascisme chercha à légitimer l’hégémonie italienne sur d’autres peuples décidés inférieurs. Dans les pays slaves, des mouvements panslavistes recherchèrent dans la littérature, les mœurs et la langue les preuves d’une supériorité qui les conduisit à approuver ou même à susciter de sanglants pogromes. Les pays anglo-saxons n’échappèrent pas à la contagion; à la suite des recherches de l’Anglais Galton (1812-1911) sur l’eugénisme, des savants anglo-saxons se réunirent au début du siècle à Londres pour définir les moyens de lutte contre la prolifération des autres races, qui pourrait mettre en danger la race blanche. Aux États-Unis, on a essayé de promouvoir une véritable «croisade ethnologique». L’Afrique du Sud, enfin, fit de l’apartheid le fondement de ses institutions.

Le rapprochement de ces divers doctrines sociales fait apparaître une constante, par-delà les spécificités et les circonstances locales: au nom d’une supériorité biologique, un groupe humain cherche à s’affirmer contre d’autres et se croit autorisé pour cela à utiliser tous les moyens possibles, dont la violence et le meurtre.

Opinions, attitudes et conduites

Présupposés du racisme

Pour affirmer les supériorités raciales, il faut supposer l’existence de races humaines; le raciste sous-entend ou pose clairement qu’il existe des races pures, que celles-ci sont supérieures aux autres, enfin que cette supériorité autorise une hégémonie politique et historique. Or ces trois points soulèvent des objections considérables.

D’abord, la quasi-totalité des groupes humains actuels sont le produit de métissages, de sorte qu’il est pratiquement impossible de caractériser des «races pures». Il est déjà très difficile de classer les groupes humains selon des critères biologiques toujours imprécis. Enfin, la constante évolution de l’espèce humaine et le caractère toujours provisoire des groupes humains rendent illusoire toute définition de la race fondée sur des données ethniques stables.

Bref, l’application du concept de pureté biologique aux groupes humains est inadéquate. Ce concept est un terme d’élevage, où la race, prétendument pure, est d’ailleurs obtenue par des métissages contrôlés. Quand on l’applique à l’homme, on confond souvent groupe biologique et groupe linguistique ou national; ainsi en est-il de la notion d’homme aryen, dont se sont servis Gobineau et ses disciples nazis. Il n’est pas impossible enfin que cette notion contienne implicitement la référence à un phantasme de la pureté.

De toute manière, en supposant qu’une telle pureté existe, pourquoi relier pureté biologique et supériorité et en quoi consisterait cette dernière? Si, par hypothèse encore, des supériorités biologiques existent, en liaison avec des traits ethniques, il n’est nullement démontré qu’elles conditionnent des supériorités psychologiques ou culturelles, sur lesquelles insiste le racisme.

En outre, en admettant que soient réelles de telles supériorités, provisoirement ou définitivement, liées ou non à une éventuelle pureté, pourquoi légitimeraient-elles une hégémonie politique?

Il est clair qu’on n’est pas en présence d’une conséquence scientifiquement établie mais d’un choix politique, d’un vœu ou d’une volonté d’établir une telle hégémonie, fallacieusement appuyée sur des arguments biologiques ou culturels.

Enfin, une dernière et insurmontable confusion se décèle dans le racisme: l’inadéquation entre groupes ethniques, groupes culturels, peuples et nations rend en tout cas illégitime un comportement politique qui se baserait sur des caractères ethniques ou culturels.

En conclusion, le racisme n’est pas une théorie scientifique, mais une pseudo-théorie, un ensemble d’opinions, sans articulations logiques certaines avec des données biologiques plus ou moins précises.

Les essais de légitimation

On comprend maintenant pourquoi une définition du racisme est si difficile. D’abord, le principe du racisme – la notion de race, appliquée aux humains – est un concept indéterminé ou plus exactement une notion à laquelle il est pratiquement impossible de découvrir un objet défini. Ensuite, l’argumentation issue de cette notion douteuse est elle-même douteuse et, de plus, peu cohérente dans son développement.

Cependant, le rapprochement entre la fragilité des bases scientifiques du racisme et l’ampleur des conclusions qui en sont tirées n’est pas sans intérêt. La passion des racistes, la ténacité et l’extension du phénomène, comparées aux confusions, aux glissements de sens et aux contradictions auxquels elles donnent lieu, prouveraient, s’il en était besoin, que le racisme trouve son assise non dans la logique mais dans l’affectivité et l’intérêt. Il faut ici renverser la perspective: l’accusation renvoie à l’accusateur plus qu’à l’accusé; le racisme, loin d’être une science ou une théorie scientifique qui dicterait une attitude et une conduite, cherche au contraire à se légitimer par une construction intellectuelle, une rationalisation, qui se trouve ainsi alimentée et sous-tendue par les exigences psychologiques de ce même comportement.

Le raciste met l’accent sur une différence biologique, réelle ou supposée, à partir de laquelle il déduit une conduite qu’il veut légitime, et souvent, par extension, une politique et une philosophie sociale, quelquefois une métaphysique. Ainsi, la couleur et les traits physiques des Noirs, qui seraient le signe de leur infériorité biologique, autoriseraient les Blancs à les gouverner. Le Juif, caractérisé d’abord par une description biologique, devient un «être du mal», à la fois maudit et générateur des pires catastrophes pour les autres.

La différence biologique est seulement un point de départ, l’assise d’une construction qui la dépasse infiniment. Pour asseoir sa démonstration, le raciste fait flèche de tout bois: tantôt il s’appuie sur l’indice céphalique, qui serait le meilleur critère de l’état mental et spirituel du sujet; tantôt il privilégie un détail psychologique du comportement individuel, qu’il étend ensuite à tout un groupe; tantôt il croit déceler un trait collectif, qu’il attribue à tout individu du groupe. Même quand le trait est réel, il n’est pas forcément légitime de lui donner une telle extension, ni une telle signification; dans tous les cas, la différence, qu’elle soit biologique, psychologique, culturelle ou sociale, est toujours à l’avantage du sujet raciste.

Une telle analyse conduit à mettre de nouveau en question le terme de racisme: il s’agit en effet ici d’un mécanisme beaucoup plus vaste et probablement plus profond qu’il ne semble. Le mot «racisme» veut signifier une théorie des races humaines; ne serait-il pas plus exact alors d’utiliser le terme de «raciologie»? En outre, cette signification projetée n’est presque jamais seule concernée; le racisme contient implicitement une condamnation et un refus d’individus ou de groupes tenus pour appartenir à une autre race; s’il ne s’agit pas tant – ou pas seulement – de constater une différence biologique, mais d’agresser un peuple ou un groupe humain sous l’alibi de l’argument biologique, ne serait-il pas plus exact de parler d’«ethnophobie»? Ce dernier terme s’offre pour désigner un phénomène humain largement répandu et dont le racisme ne serait qu’une variété peut-être historiquement provisoire.

Motivations psychiques et sociales

Quoi qu’il en soit de l’extension du racisme, la généralité des conduites qu’il engendre à travers de nombreux groupes sociaux et la ténacité des opinions et des attitudes qu’il suscite prouveraient déjà qu’elles répondent à des motivations similaires, individuelles et collectives, puisqu’il existe un racisme tant individuel que collectif. Autrement dit, il faut rechercher les fonctions psychiques et sociales du racisme.

L’agression contre autrui, en actes ou en paroles, a besoin d’être légitimée. Il semble possible de le faire pour deux raisons: la peur et l’intérêt.

La peur de l’Autre vient du fond des âges, de l’époque où il fallait vivre dans la méfiance, faute de quoi un Autre, plus fort ou plus rusé, pouvait vous enlever la proie ou la femme convoitée, vous condamner à la faim ou à l’humiliation, ou même à la mort. L’Autre, c’est l’inconnu, duquel tout peut arriver, mais surtout le pire.

Le passage au racisme est clair: il faut se défendre contre cet Autre, étrange, étranger, ou, mieux encore, prévenir ses attaques en attaquant avant lui. Et, si son existence est nocive, il doit être mauvais en lui-même et l’on est justifié à le haïr. Devant cette peur de l’Autre, le racisme explique et rassure, il excuse et légitime l’agression.

La conduite raciste se traduit en somme par deux mouvements complémentaires: refuser l’Autre et s’affirmer soi-même, qui aboutissent au même résultat: se fortifier contre l’Autre. Si l’on utilise le vocabulaire psychanalytique, on dira que le racisme permet d’affermir le moi, individuel et collectif. Ceci sera fait, fallacieusement sans doute, provisoirement peut-être, au prix d’une injustice certes, mais, en ce domaine, le besoin est tel que la morale s’incline et le mythe triomphe aisément.

Le même mécanisme existe, motivé cette fois par l’intérêt: agression, utilisation quasi mythique d’une différence (vraie ou fausse) biologique ou autre comme justification de cette agression.

Le racisme fut l’idéologie de la traite des Noirs et de la colonisation naissante. L’argument biologique fut utilisé pour la première fois systématiquement par les nobles espagnols dans leur lutte contre les Juifs convertis au christianisme et qui avaient gagné ainsi là des droits égaux aux leurs; une insurmontable différence de «sang» fut leur dernière trouvaille pour contester cette acquisisition. Cette idée sera reprise par les nazis pour justifier l’expansion allemande. Le capitalisme naissant ayant besoin d’utiliser la main-d’œuvre ouvrière comme du bétail, il fallait bien qu’elle fût considérée comme telle. Le commerçant, le médecin ou l’avocat des sociétés libérales, qui a une conduite raciste ou antisémite, défend ses propres intérêts avec une telle argumentation contre des concurrents noirs ou juifs qui le gênent.

Il n’y a d’ailleurs pas de contradiction entre les deux motivations et elles sont très souvent mêlées. Pourquoi le citoyen suisse ou français actuel, de condition moyenne ou modeste, est-il si souvent raciste à l’égard des travailleurs étrangers qui viennent pourtant remplir un rôle indispensable à l’économie de son pays? Parce qu’il a peur, ce citoyen est obscurément saisi d’angoisse devant tant d’hommes différents de lui, qui risquent d’ébranler les structures de l’édifice social auquel il est attaché. Il sait bien, par ailleurs, que les travaux les plus pénibles, souvent mal payés, dotés d’avantages sociaux plus ou moins discutés, sont dorénavant le lot des immigrés. Par contrecoup, il lui faut légitimer ses privilèges, limités certes mais réels tout de même.

Une telle attitude explique les derniers caractères du racisme: la tendance à la généralisation et le passage à l’absolu. Cet individu accusé et condamné, ce groupe maudit doivent l’être définitivement. Quelle meilleure garantie de sécurité, en effet, qu’une infériorité sans appel? Cet individu n’existe pas en tant que tel, il appartient à un groupe taré, dont il ne peut s’évader; ce peuple dominé ne pourra plus jamais relever la tête; ce groupe socialement asservi continuera de l’être éternellement, puisque sa constitution même l’y condamne.

On comprend également, à l’inverse, les diversifications de la démarche raciste. Si le racisme possède des fonctions de sécurisation et de diversion idéologique, ce mécanisme général donne lieu à des manifestations particulières suivant les circonstances et les groupes en présence.

Il est donc toujours fructueux de décrire les différentes situations racistes dans leurs spécificités. La manière concrète dont on traite les travailleurs noirs, à telle période, dans tel pays, n’est pas identique à celle dont on traite les travailleurs immigrés, turcs ou d’origine européenne. La guerre d’Algérie a lourdement pesé sur l’image des travailleurs algériens. Quant à l’antisémitisme, il n’est pas seulement une variété du racisme.

Mais, cette diversité concrète ne doit pas masquer la généralité du phénomène à travers le temps, l’espace et les sociétés. S’il est permis, par exemple, de lier un certain type de racisme au développement industriel et capitaliste et à la lutte des classes, il serait vain d’y ramener toutes les formes du racisme, quoique certaines s’en inspirent.

Si l’esprit humain a de telles tendances à être raciste, il y a des chances pour qu’un tel comportement se perpétue. Cependant, l’alibi fondé sur la différence biologique, sur le refus de l’Autre et sur l’agression n’ayant pas toujours existé, on peut supposer qu’il laissera place à un autre. La biologie a été un support longtemps commode des angoisses de l’humanité. L’universalisation et l’unification de la Terre, l’affirmation des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique rendront peut-être dérisoire de considérer autrui comme inférieur à cause de la couleur de sa peau ou de la forme de son nez, ou encore de certains traits de son caractère. Mais l’exclusion biologique n’a fait que remplacer l’exclusion théologique; il n’est pas impossible qu’elle soit relayée à son tour par l’exclusion politique par exemple. Le mécanisme fondamental n’en aura pas disparu pour autant.

Pour lutter efficacement contre le racisme, l’indignation morale et la simple persuasion ne sauraient suffire; il faut tenir compte de ses racines, c’est-à-dire de la peur, de l’insécurité foncière et de l’avidité économique, qui sont dans l’homme les sources de sa tendance à l’agression et à la domination. Il faut lutter contre les agressions et les dominations, et les prévenir. C’est le racisme qui est naturel et l’antiracisme qui ne l’est pas: ce dernier ne peut être qu’une conquête, fruit d’une lutte longue et difficile, et toujours menacée, comme l’est tout acquis culturel.

racisme [ rasism ] n. m.
• 1902; de race
1Théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres. Le racisme n'a aucune base scientifique. « Mein Kampf est [...] l'évangile du national-socialisme, ou, plus exactement, du racisme » (Bainville).
Ensemble de réactions qui, consciemment ou non, s'accordent avec cette théorie. « Le racisme, c'est un regard qui vous classe sans appel. Qu'importe où il vous range, il a ouvert la différence et rien ne l'efface plus » (B. Noël). Faire preuve de racisme. Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (L. I. C. R. A.).
2Abusivt Hostilité systématique contre un groupe social. Racisme envers les femmes. sexisme. Racisme anti-jeunes. Le « type à l'entrée [du cinéma] qui faisait du racisme anti petits garçons » (R. Forlani ).

racisme nom masculin Idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie. Attitude d'hostilité systématique à l'égard d'une catégorie déterminée de personnes : Racisme antijeunes.

racisme
n. m.
d1./d Théorie fondée sur l'idée de la supériorité de certaines "races" sur les autres; doctrine qui en résulte, prônant notam. la ségrégation entre "races inférieures" et "races supérieures".
|| Cour. Ensemble des comportements fondés, consciemment ou non, sur cette théorie, sur cette doctrine. La lutte contre le racisme. (V. encycl. race.)
d2./d Par ext. Hostilité contre un groupe, une catégorie de personnes. Le racisme anti-jeunes.

⇒RACISME, subst. masc.
A. — 1. Ensemble de théories et de croyances qui établissent une hiérarchie entre les races, entre les ethnies.
En partic. Doctrine politique fondée sur le droit pour une race (dite pure et supérieure) d'en dominer d'autres, et sur le devoir de soumettre les intérêts des individus à ceux de la race. Le socialisme consiste à mettre le bien dans les vaincus, et le racisme dans les vainqueurs (S. WEIL, Pesanteur, 1943, p. 176). Ces hurlements contre la raison et contre l'homme et ces cultes baroques du bel animal, du fauve blond et de la terre, le racisme et le nazisme sont néanmoins les produits inéluctables et absolument nécessaires de la philosophie naturaliste (J. VUILLEMIN, Essai signif. mort, 1949, p. 285):
1. ... actuellement les partisans extrémistes du racisme en Allemagne, ceux qui veulent revenir à une religion nationale et raciale, — nordique, — antérieure au christianisme, nourrissent pour le Saint-Empire la même aversion que pour le christianisme lui-même. Mais d'autre part cependant, c'est bien par la notion du Saint-Empire, matérialisée et devenue le privilège d'un peuple naturellement élu, que l'idéal politique du racisme germanique a chance de pénétrer aujourd'hui d'autres couches de la population allemande...
MARITAIN, Human. intégr., 1936, p. 158.
2. Attitude d'hostilité pouvant aller jusqu'à la violence, et de mépris envers des individus appartenant à une race, à une ethnie différente généralement ressentie comme inférieure. Racisme anti-juif. Le grand passage. Ce western de King Vidor est conforme à l'imagerie des années trente. Le racisme anti-indien, à l'époque, allait de soi (Le Point, 11 déc. 1978, p. 39, col. 3):
2. Difficile pour un garçon ou une fille de 1984 de croire que le but assigné à leurs pères en uniforme était de faire entrer de force dans la nation française dix millions de personnes (vingt millions aujourd'hui) qui prenaient une conscience de plus en plus nette de leur identité. Ils ne voient que trop, trente ans après, un racisme croissant se hérisser contre ces mêmes Algériens, ressentis décidément comme « différents », et les mêmes hommes parfois qui voulaient les intégrer réclamer à grands cris leur renvoi dans leur pays.
Le Monde, 27 oct. 1984, p. 2, col. 1.
B. — P. anal.
1. Attitude d'hostilité de principe et de rejet envers une catégorie de personnes. Racisme xénophobe; racisme sexuel. Réponse du ministre de l'Intérieur au cours d'une conférence de presse: « Une nation qui doute de sa police est une nation fragile. Si le racisme anti-policiers devait se perpétuer, c'est rapidement le gouvernement tout entier qui serait atteint » (Le Point, 12 sept. 1977, p. 89, col. 2). Les uns et les autres (...) parlent avec une colère identique et profonde du prix des loyers, de l'horreur solitaire des chambres de bonne, des services d'ordre des concerts, du racisme anti-jeunes, du chômage (Le Nouvel Observateur, 12 déc. 1977, p. 59, col. 1).
2. Sentiment d'hostilité de principe envers quelque chose. Existe-t-il ailleurs que chez nous cette sorte de racisme intellectuel qui inspire à chaque famille d'esprits le désir de brimer ses rivales et de les dominer? (MAURIAC, Bâillon dén., 1945, p. 447). (Un homme et une femme). (...) Une palme d'or au Festival de Cannes et quelques autres récompenses ont provoqué naguère une réaction de racisme anti-succès à l'égard de cette pathétique romance (Le Point, 19 juill. 1976, p. 7, col. 3).
Prononc.:[]. Étymol. et Hist. 1902 (A. MAYBON, in R. blanche, n ° 223, 15 sept., p. 146-8 ds QUEM. DDL t. 15). Dér. de race; suff. -isme. Fréq. abs. littér.:19. Bbg. ANTOINE (G.). Liberté, égalité, fraternité... Paris, 1981, p. 119. — DUB. Dér. 1962, p. 36. — JACQUARD (A.). Cf. Bbg. race. — MAULNIER (Th.). Le Sens des mots. Paris, 1976, pp. 191-192. — QUEM. DDL t. 26. — TAGUIEFF (P.-A.). Les Présuppositions définitionnelles d'un indéfinissable : « le racisme ». MOTS. 1984, n ° 8, pp. 73-105; La Force du préjugé: essai sur le racisme et ses doubles. Paris, 1988, 644 p.

racisme [ʀasism] n. m.
ÉTYM. 1902 (→ cit. 1); de race.
1 Théorie de la hiérarchie des races (III., 1), qui conclut à la nécessité de préserver la race prétendue supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres. || Le racisme n'a aucune base scientifique.
1 Est-ce que les écrivains de l'Action française, jaloux de fonder philosophiquement leur misérable doctrine purement politique, ne regardent pas les idées de race et de tradition comme le substratum du nationalisme et du monarchisme ? (…) Il ne m'appartient pas de refaire ici le procès du racisme et du traditionnalisme (sic).
A. Maybon, in Revue blanche, no 223, 15 sept. 1902, p. 146-148 (in D. D. L., II, 15).
2 (…) Mein Kampf est tout d'abord le livre d'une religion, l'Évangile du national-socialisme, ou, plus exactement, du racisme (…) Sa véritable naissance (de Hitler) à l'action date du jour où il découvre la notion de race. C'est ici qu'un Français ne peut s'empêcher de trouver Mein Kampf singulièrement pauvre et singulièrement primaire (…) Des puérilités ridicules s'y mêlent aux affirmations scientifiques les moins prouvées (…) Pour Hitler, ce sont les Aryens qui ont fait la civilisation éternelle (…) et parmi les Aryens, les plus purs (…) ce sont les Germains (…) Par malheur, en face de la rayonnante expansion de la civilisation helléno-germanique, se sont placés les Juifs. Hitler parle toujours des Juifs avec une haine profonde et une absence complète d'esprit critique.
J. Bainville, les Dictateurs, 1935, p. 278-279.
3 Au dire de Freud (Moïse et le Monothéisme), un peu de différence mène au racisme. Mais beaucoup de différences en éloignent, irrémédiablement. Égaliser, démocratiser, massifier, tous ces efforts ne parviennent pas à expulser « la plus petite différence », germe de l'intolérance raciale. C'est pluraliser, subtiliser, qu'il faudrait, sans frein.
R. Barthes, Roland Barthes, p. 74.
2 Attitude inégalitaire d'hostilité à l'égard d'un groupe ethnique; ensemble de réactions qui, consciemment ou non, s'accordent avec cette attitude. || Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (L. I. C. R. A. [likʀa]). || Le racisme nazi aboutit au génocide (→ aussi Captif, cit. 2). || Faire preuve de racisme. || Racisme et xénophobie. || Les immigrés souffrent du racisme de la population.
3 (V. 1960). Fig. Hostilité violente contre un groupe social. || Racisme anti-jeunes. || Racisme envers les intellectuels, les femmes ( Sexisme).
COMP. Antiracisme.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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